La phobie scolaire


Pour comprendre ce qu’est la phobie scolaire, Omar Ndoye, clinicien de l’Enfance et de l’Adolescence, membre de l’Apel Saint-Vincent, propose de la vivre de l’intérieur.

Pour cela, il a imaginé un dialogue en 5 actes décrivant le parcours d’un père, Paul, dont la fille, Nicole âgée de 14 ans, ne veut plus aller à l’école alors qu’elle a envie d’étudier. Paul va rencontrer plusieurs intervenants clef qui vont l’aider à identifier la phobie de sa fille pour l’école et l’aider à y faire face. 

Acte 1 : Les symptômes 

En discutant avec une amie, Paul décrit les symptômes de sa fille, la détresse émotionnelle qu’il sent chez elle, et son incompréhension face à ce change- ment de comportement vis-à-vis du collège. 

Acte 2 : La professeure principale 

Suit un échange avec la professeure principale qui confirme à Paul que les enseignants ont également constaté un changement de comportement chez Nicole, sans en comprendre la raison. 

Acte 3 : Les causes possibles 

Intervient ensuite le psychologue scolaire qui pose le diagnostic de phobie scolaire. Paul est surpris et découvre alors que Nicole est loin d’être un cas isolé. 

Acte 4 : Le facteur déclenchant 

Grâce à ces informations, les parents de Nicole arrivent à rétablir avec elle un dialogue de confiance qui leur permet d’identifier l’origine de cette phobie. 

Acte 5 : Les solutions 

Finalement, Nicole va être prise en charge par une pédopsychiatre. Cette dernière explique aux parents de Nicole les pistes possibles pour aider leur fille et les soutenir dans leur rôle d’aidants. 

Pour aller plus loin : découvrez les échanges entre les parents, leur fille et le psychologue. 

Acte 1 :  Les symptômes

Sandra : Bonjour Paul, tu sembles soucieux ?

Paul : Oh ! je viens de conduire ma fille Nicole au collège malgré sa forte résistance

Sandra : Ah bon ? Pourquoi ne voulait-elle pas y aller ?

Paul : Je ne sais vraiment pas. Depuis quelques jours, elle refuse d’y aller et le matin elle a des réactions d’anxiété, des accès de colère, une crise d’angoisse et dit avoir des céphalées, des maux de ventre, une diarrhée. Elle pousse des cris et se met souvent à vomir. Nous notons une détresse émotionnelle mais que faire ?

Sandra : Elle n’aime pas l’école alors ?

Paul : Au contraire, elle adore étudier. Nicole n’a pas peur de son établissement mais son problème est de s’y rendre. Ce qui est bizarre dans cette histoire est que, cette souffrance soudaine que je pense dès fois exagérée et imaginaire, arrive seulement le matin quand elle doit se préparer pour aller au collège. A chaque fois, c’est une attaque de panique qui nous désarçonne totalement. Dès que nous acceptons ses caprices, elle se sent automatiquement guérie et se rue sur sa tablette. Hier, elle est restée à la maison parce qu’elle avait menacé de se faire du mal si on l’obligeait à aller au collège.

Sandra : C’est peut-être une angoisse de séparation

Paul : Je ne pense pas à une anxiété de séparation ; Nicole n’est plus très jeune, elle a 14 ans. Nous savons qu’elle a envie d’étudier mais n’arrive plus, pour des raisons irrationnelles, à aller en classe. Aujourd’hui, elle va certainement passer une partie de sa journée à l’infirmerie mais ce sera toujours mieux que de rester à la maison. Que faire ?

Sandra : Peut-être en parler avec les enseignants

Acte 2 :  La professeure principale

Paul : J’ai demandé à vous rencontrer parce que nous ne comprenons pas le changement de comportements de Nicole. Elle ne veut plus venir au collège. Elle y vient vraiment « à reculons ». Avez-vous remarqué quelque chose qui pourrait expliquer cela ? Des difficultés avec un enseignant ou un élève ? Des mauvaises notes qu’elle nous cacherait?

PP : Nous avons évoqué avant-hier son manque d’assiduité ces derniers jours, de même que son mutisme en classe. Nicole m’a juste dit un jour être harcelée par une camarade qu’elle n’arrivait pas à identifier. Avec ça, je ne pouvais pas faire grand-chose. Je ne pouvais pas en parler dans la classe de peur qu’elle soit stigmatisée. Je ne voulais pas non plus prendre le risque de perturber l’ambiance de la classe. J’ai essayé de discuter avec elle mais cela n’a rien donné. Elle participait bien aux cours et, jusqu’ici elle a été très bien notée. Nous ne comprenons pas ce qui a généré ce changement. Il est vrai que nous la laissons tranquille, ce qui peut être interprété comme un éloignement ou une démission de notre part mais, ce n’est pas cela du tout. Nous n’avons pas beaucoup de temps et ne sommes pas assez outillés face à ce genre de problème.

Je vous recommande d’en parler avec le psychologue de l’établissement.

Acte 3 :  Les causes possibles

Psychologue (après m’avoir sagement écouté) : Ce que vous décrivez  n’est rien d’autre que le lot des symptômes de la phobie scolaire

Paul : Phobie scolaire ?!!?

Psychologue : Oui et cela résulte en général des comportements (attitudes, paroles) jugés négatifs par l’enfant et émanant des autres élèves ou des adultes travaillant dans l’établissement. On peut citer, entre autres, ce qui est harcèlement, humiliation, menace, conflit avec des camarades, racket, jugement malencontreux de l’enseignant, stigmatisation, défaut d’intégration, changement d’école, longue attente des parents devant l’école …

Par ailleurs, une perception d’inadaptation peut également conduire à un blocage anxieux qui rend difficile le départ pour l’école. Je pense aux élèves qui ont des troubles d’apprentissage d’où des mauvaises notes et sentiments d’échec (les dys, l’hyperactivité, la précocité, .. )

Paul : Oui mais ma fille n’a jamais eu de problème particulier !

Psychologue : Vous savez Monsieur, votre fille n’est malheureusement pas un cas isolé. La phobie scolaire concerne 1 % des enfants d’âge scolaire et les pédopsychiatres parlent de 5 à 8 % des motifs de leurs consultations. Cela peut toucher tous les enfants scolarisés, les filles, garçons, mauvais / bons élèves, ceux issus de milieux favorisés ou en difficulté. Les causes peuvent donc être individuelles, environnementales, conjoncturelles sans oublier les troubles instrumentaux

Paul : Toute sa scolarité s’est super bien passée

Psychologue : Selon la psychiatre Marie Rose Moro, le pic de phobie scolaire intervient principalement au collège, entre les classes de sixième et de troisième.  Sa collègue, Marie-France Leheuzey, précise qu’il ne s’agit pas d’une peur du collège   mais le fait simplement de ne plus arriver à y aller.

Paul (désemparé) : Que devons-nous faire maintenant ?

Psychologue : Parlez d’abord avec votre fille et, si elle le souhaite, je pourrais la rencontrer après

Paul : Qu’est-ce que nous allons lui dire ? Comment gérer cette crise ?

Psychologue : Il faudra rester positif et avoir un dialogue sain avec elle. Discuter tranquillement avec elle sur son ressenti par rapport à l’école, les personnes (enseignants, camarades, ..) qu’elle côtoie. Elle doit percevoir que vous croyez maintenant à son mal-être et que vous avez confiance en elle. Vous l’aiderez ainsi à mettre des mots sur cette souffrance intérieure.

Votre disponibilité d’écoute, votre compréhension, la maîtrise de votre anxiété et vos encouragements la motiveront à risquer sa parole en vous faisant part des raisons de sa peur.

Paul : Mais, vous ne pouvez pas la rencontrer d’abord ? 

Psychologue : Je pense qu’il est préférable que les parents lui parlent dans un premier temps. Vous verrez que calmement, vous pourrez évoquer  avec elle quelques solutions.

Acte 4 :  Le facteur déclenchant

(Pique-nique « détente » au domaine de Cicé-Blossac) : moment agréable, convivial et familial

Mère : Tu sais Nicole, ton papa et moi avons réfléchi et acceptons que tu ne te rendes pas au collège les prochains jours. Nous avons toujours cru en toi et nous savons que, si tu ne veux pas y aller, c’est parce qu’il y a une situation anormale dans cet établissement. (Nicole est surprise, les yeux bien ouverts ; elle ne s’attendait pas à cette décision)

Paul : Oui, j’ai eu tort de t’obliger à y aller ces derniers jours. Tu ne m’avais pas habitué à ce genre d’attitudes que je ne pouvais accepter. Comme l’a dit ta maman, tu peux rester à la maison et voir si tes camarades pourront t’envoyer les cours.

Nicole : Elles ne le feront pas !! Elles sont méchantes ! Elles cherchent à m’humilier et racontent n’importe quoi sur moi. De par leur faute, je suis devenue la peste de la classe.

Mère : Quoi ? Qu’est-ce qu’elles t’ont fait ?

Nicole (les larmes aux yeux) : des mots anonymes « aucune fille ne t’aime dans cette classe », « poufiasse », « tu pues », « Nicole, la honte de la classe », …

Mère : C’est horrible !! Où sont ces papiers ?

Nicole : Je ne pouvais pas les garder ; je les détruisais de peur que quelqu’un d’autre ne tombe dessus

Paul (abattu et maîtrisant mal sa colère) : Tu en as parlé avec tes enseignants ?

Nicole : Oui, d’abord à la prof principale qui n’a pas cru à cela puis, le CPE qui m’a dit ne pas avoir les moyens de mener une enquête. Je me suis sentie seule, abandonnée par tous et mise en quarantaine.

Mère : Paul a échangé avec le psychologue de ton établissement. Est-ce que tu veux le rencontrer ?

Nicole : Oui mais pas là-bas

Acte 5 : Les solutions

Le psychologue, n’intervenant pas à l’extérieur de l’institution, a orienté la famille vers une pédopsychiatre qui reçoit très vite Paul et son épouse.

Les parents expliquent tout ce qui s’est passé ces dernières semaines.

Pédopsychiatre : Vous avez bien fait d’intervenir assez rapidement et d’avoir été à l’écoute de la souffrance de votre fille. Je pourrai la rencontrer dès demain et nous aurons certainement quelques séances avant d’en arriver à des solutions

Paul : Quelle sera la meilleure solution pour elle ?

PP : Je n’en sais rien pour l’instant. Votre fille qui est en rupture scolaire aujourd’hui, baigne dans une anxiété certainement déclenchée par un stress post-traumatique. Il me faut travailler avec elle, voir ses intentions et l’accompagner vers une confrontation de sa peur. Nous verrons comment éviter la chronicisation des troubles et faciliter un retour progressif au collège.

La mère : Vous pensez que Nicole pourra retourner dans cette classe après ce qui s’est passé ?

PP : Je ne sais pas. En général, il y a plusieurs pistes possibles : un projet d’accueil individualisé qui facilitera sa réinsertion scolaire progressive en fonction du cadre thérapeutique que nous proposerons, le changement d’école, l’enseignement temporaire à distance (CNED). De toutes les façons, il faudra un travail collectif donc une collaboration positive entre vous, votre fille, le collège et les soignants.

Paul : Est-ce que Nicole aura besoin d’un traitement ?

PP : Je comprends vos soucis mais patientez encore un peu. En général, il y a un suivi psychologique régulier, une prise en charge familiale et si nécessaire, une hospitalisation temporaire pour calmer la phobie aiguë

Mère (essuyant quelques larmes) : Docteur, j’ai peur pour son avenir

PP : Rassurez-vous Madame, ce trouble n’enlève en rien la capacité d’avoir de très bonnes notes et de réussir sa vie. Je peux vous assurer que la majorité des enfants et adolescents reprend une scolarité normale. D’après ce que vous m’avez expliqué, le cas de votre fille n’est pas un décrochage scolaire ni un désintérêt scolaire et encore moins des problèmes d’addiction. Votre fille veut étudier mais, le milieu scolaire lui est devenu « agressif ». La phobie scolaire est certes une souffrance, cependant nous devons tous montrer à votre fille notre disponibilité à l’accompagner vers un réel soulagement et un retour vers l’établissement scolaire

Mère : En tous cas, c’est très difficile pour nous

PP : S’il y a une association de parents d’élèves dans le collège de votre fille, vous pouvez la saisir. Je sais que ces associations organisent souvent des ateliers et groupes de paroles autour de ces thèmes et vous pourrez y rencontrer des familles dont les enfants ont les mêmes soucis.

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